• Mahamat Abdoulaye : un parcours au service de l’État et des idées

    Né en 1955 à Moussoro, dans la région du Bahr El Ghazel au Tchad, Mahamat Abdoulaye a traversé près d’un demi-siècle de la vie publique tchadienne, partagé entre la haute administration, l’engagement politique et la recherche universitaire. Son itinéraire, marqué par les responsabilités d’État comme par l’exil, dessine le portrait d’un homme profondément lié à l’histoire récente de son pays.

    Une formation entre le Tchad, l’Afrique centrale et le monde

    Sa formation commence très tôt à l’École Nationale d’Administration de N’Djamena, dont il obtient le brevet en 1974 puis le diplôme en 1980. Il complète ce socle administratif par des études de droit : une licence en droit public à l’Université de Bangui (1984), puis une maîtrise en droit public, option relations internationales, à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (1986). Il s’était auparavant formé aux assurances à Tunis (1975).

    Bien plus tard, son goût pour la réflexion le ramène sur les bancs de l’université : il décroche un Master 2 en sciences politiques en 2016, puis s’engage dans un doctorat sur les conflits dans le bassin du lac Tchad, toujours à Dakar.
    Dès 1974, il entre dans l’administration tchadienne comme contrôleur principal des impôts au ministère des Finances. Les fonctions s’enchaînent ensuite au fil des années : chef de personnel au ministère des Affaires sociales, sous-préfet adjoint de Sarh, directeur de la Fonction publique, puis attaché de cabinet auprès de plusieurs ministres. En 1989, il prend la direction du Bureau National du Fret. En 2013, il fonde son propre cabinet de conseil.

    Un engagement politique au plus haut niveau

    À partir des années 1990, Mahamat Abdoulaye occupe une place importante sur la scène politique tchadienne. Président du Mouvement pour la Paix et le Développement du Tchad en 1992, secrétaire d’État à l’Intérieur en 1993, il participe au Comité de Réconciliation Nationale et à la coalition de l’opposition des Forces Vives.
    Les années 2000 le voient occuper de nombreux portefeuilles ministériels : la Justice, les Postes et Télécommunications, le Commerce, l’Industrie et l’Artisanat (à plusieurs reprises), l’Élevage, la Décentralisation, ainsi que l’Aménagement du Territoire, l’Urbanisme et l’Habitat. Candidat à l’élection présidentielle en 1996 puis en 2006, il termine cette période comme conseiller spécial à la Médiature Nationale.
    Son engagement lui vaut aussi des épreuves : prisonnier politique au Tchad en 2009-2010, il devient ensuite demandeur d’asile puis exilé politique au Sénégal, où il réside aujourd’hui, à la tête du Mouvement Panafricain pour la Démocratie et la Justice (MPDJ), parti politique en exil.

    L’homme d’idées

    Au-delà des fonctions officielles, Mahamat Abdoulaye est un auteur et un chercheur. Ses travaux portent sur les conflicts armés en Afrique, notamment sur les conflits du bassin du lac Tchad, sur le phénomène Boko Haram, et sur la politique étrangère de la Libye. On lui doit aussi un ouvrage en préparation sur l’analyse et la sortie de crise au Tchad, ainsi qu’une monographie sur les Haddad, les forgerons du Tchad. Francophone, arabophone et anglophone, il continue de mettre son expérience au service de la réflexion sur l’avenir .

  • Quelques écueils sur le devenir de la nation tchadienne

    Le Tchad est déclaré indépendant et souverain depuis soixante-six ans. L’Etat-nation, comme nous enseignait le professeur Thierry Michalon « Quel Etat pour l’Afrique ? » (Edition L’Harmattan, paris 1984) et jusqu’à nos jours est une nation réellement inachevée et en dépit de ses richesses et ses potentialités, le peuple vit dans la misère : famine, maladie ignorance, injustice, insécurité… Cet état de fait à des causes d’ordre colonial au postcolonial.

    I. Causes coloniales de certains écueils

     Elles sont institutionnelles et structurelles. Au moment de la colonisation, l’Afrique et l’actuel Tchad en particulier étaient organisés selon une forme d’état coloniale sur la base d’Empires ou Royaumes avec l’exception de certains zones déclarées sociétés sans Etat ; des auteurs comme Pierre Clastre parle de « société contre l’état » (Editions de minuit, Paris 1974).

    La colonisation est entrée au Tchad par l’invasion et la ‘’pacification’’ a géré le territoire en s’appuyant sur la force brutale et les travaux forcés. Il s’en est suivi des massacres, des humiliations…

     Le tchadien n’était pas considéré comme un être humain mais plutôt comme une bête de somme. L’état colonial était un monstre, le Léviathan de Hobbes

    L’Etat colonial n’était ni tel que l’état précolonial africain, ni l’Etat tel que celui qu’est connu chez les colonisateurs

    II. Causes post-coloniales

    Elles sont structurelles et dysfonctionnelle.

     L’Etat post-colonial est une copie de l’Etat colonial sur le plan institutionnel et fonctionnel ; à ce niveau on peut se référer aux travaux du professeur Bertrand Badie (l’Etat importé-l ’occidentalisation de l’ordre politique-Fayard-paris1992) il a suffi de remplacer l’homme blanc par l’homme noir. Le professeur Thierry Michalon parle de ‘’l’auto colonisation’’.

     Le tchadien n’est pas toujours considéré comme un citoyen mais un sujet, ignorant dans la grande partie ses droits et ses devoirs, c’est ‘’la peur du gendarme’’ qui le conduit. Jusqu’à une date récente ou même actuellement on dit ‘’Hakkouma Khasrane’’ (le gouvernement ou l’Etat est perdant), pour détériorer les biens de l’état. C’est le manque de civisme que l’on ne lui a pas appris et l’Etat est l’ennemi du tchadien lambda. En plus de ces écueils il y a le fait qu’il y a l’injustice sociale alors que pendant la période coloniale il n’y avait pas une injustice entre les citoyens ou le népotisme de la période post-coloniale.

    Un second fléau post-colonial est le phénomène de division, de haine, de complexe de supériorité ou l’ethnocentrisme : les brassages, les mariages interethniques, la cohabitation ne sont plus légion de nos jours ; les raisons sont multiples on peut citer les raisons politiques : ‘’diviser pour mieux régner’’, les alternances ethniques violentes, la recherche des vengeances etc.

     Il y a le prétexte de diversités ethniques : c’était un faux problème en réalité : il suffit pour s’en convaincre d’examiner la situation de deux pays en Afrique : la somalie et la Tanzanie.

    Le premier pays est composé quasiment d’une seule ethnie, l’ethnie ‘ somalie’’ ; « ayant une seule langue maternelle, une seule religion musulmane, une seule obédience sunnite ; ce qui n’a pas empêché que le pays soit en guerre depuis des décennies.

    Par contre la Tanzanie est constituée par deux états ayant obtenu l’indépendance à des dates différentes : TANGANYKA + ZANZIBAR = TANZANIE

    le premier président était Julius Nyerere, un chrétien qui a géré le pays pendant plus deux décennies environ, s’était retiré volontairement pour céder la gestion du pays à Ali Hassan Mwinyi, un musulman ; ce dernier a laissé la succession par élection à Benjamin Mbaka, un chrétien, qui à son tour a laissé le pouvoir à Jakaya Kikwere, un musulman qui a lui aussi cédé le pouvoir  à John Magufuli un chrétien, lequel, décédé a été remplacé p par la vice-présidente, une musulmaneSamia Suluhu Hassan depuis octobre 2025. Or pendant six décennies la Tanzanie n’a connu ni troubles, ni rébellion, ni coup d’état, ni guerre civile. Cela pour dire avec preuve à l’appui que les problèmes de l’Afrique, partant du Tchad sont dus au leadership. Comment y résoudre ? il faut compter sur la jeunesse éduquée, branchée, consciente, cultivée, et maitrisant les nouvelles technologies.